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« Slainte ! » : une virée à Dublin (reportage)



Texte et photo : Yves Ouellet ---- C’est un lieu commun d’affirmer que le sens de la fête chez les Irlandais est une caractéristique intrinsèque. Il s’exprime par la musique omniprésente et se vit dans la multitude de pubs pittoresques. Il s’incarne aussi dans la production séculaire du whiskey et de la stout, cette bière noire onctueuse. La tournée des brasseurs et des distillateurs nous en apprend long sur l’histoire et la vie en Irlande. Santé ! Slainte !

Francis Mansfield est une ambassadrice du Petit Musée de Dublin qui accompagne bénévolement les visiteurs dans la ville et au pub.
Francis Mansfield est une ambassadrice du Petit Musée de Dublin qui accompagne bénévolement les visiteurs dans la ville et au pub.
Dublin sait charmer à la première approche avec la vivacité culturelle qu’on y ressent malgré la crise financière qui sévit. Le très digne campus du Trinity College s’affirme comme le siège du haut savoir depuis 1592 et la Cathédrale Saint Patrick et Christ Church transcendent les éternels conflits religieux. On passe de la ville à la nature en un pas dans les parcs à la végétation dense tel le Merrion Square qui honore un des grands auteurs irlandais : Oscar Wilde. Ou, de son nom complet, Oscar Fingal O'Flahertie Wills Wilde. On est séduit de l’abondance des comptoirs d’aliments fins, des cafés et pâtisseries, comme autour du Powerscourt Centre. Les excellents restaurants abondent et, dans cette ville portuaire, les spécialités de poisson servies au Fallon and Byrne, au Town Bar and Grill ou au Eden Restaurant sont hautement délectables. Par contre, on peut goûter la cuisine familiale irlandaise, riche et savoureuse, au Gallaghers Boxty House, le boxty étant un truculent ragoût d’agneau et de pommes de terre.

Little Museum

Si on commence par le début la visite de la « ville au mille bienvenus », il faut d’abord s’arrêter le Little Museum qui occupe depuis peu une des magnifiques maisons géorgiennes de la rue St Stephen’s Green. Puis, dans le cadre d’une initiative qui consacre le slogan de la ville, les visiteurs qui réservent à l’avance peuvent rencontrer un des 200 ambassadeurs du musée, un résidant de Dublin qui a du vécu et qui peu parler de sa ville. Cet ambassadeur les accompagne alors dans un pub ou un café voisin et offre gratuitement une tournée, café ou bière, tout en menant la discussion. C’est ainsi que nous sommes allés prendre un café au Brewley’s Oriental Cafés avec Francis Mansfield, une retraitée de l’enseignement fascinée par le Canada et le Québec. C’est un privilège rare que d’avoir un tel contact avec quelqu’un de la place et, en plus, dans un café qui est une institution depuis 1840 et où Francis nous fait admirer les extraordinaires verrières d’Harry Clark.

Temple Bar est devenu l’arrondissement branché de la capitale.
Temple Bar est devenu l’arrondissement branché de la capitale.
Temple Bar

Après avoir été un quartier de perdition au 18e siècle, Temple Bar est devenu l’arrondissement branché de la capitale. Il a été sauvé de la démolition il y a 30 ans et radicalement revitalisé par les artistes qui l’ont investi et les centres d’art qui y ont poussé. Il compte aussi une densité impressionnante de pubs dont le plus anciens de la ville, le Brazen Head, sur l’emplacement duquel se trouvait un bar en 1613. Le pub le plus couru des touristes reste le coloré Temple Bar devant lesquels tous veulent être photographiés et où la musique résonne jusqu’aux petites heures. Le O’Neills est également un endroit exceptionnellement fascinant par l’incroyable fébrilité qui règne autour des bars, les serveurs maîtrisant parfaitement leur art. Précisons que dans le nom « Temple Bar », le mot « bar » désigne la promenade au bord de l’eau, le quai Aston dans ce cas ci, et non un débit de boisson.


Martin McCay, assistant brasseur au pub Messrs Maguire.
Martin McCay, assistant brasseur au pub Messrs Maguire.
Messrs Maguire

Martin McCay, assistant brasseur au pub Messrs Maguire, n’est pas peu fier lorsqu’il tend vers un client un large bock de la Haus Lager ou de la Plain Stout qu’il a contribué à élaborer. Messrs Maguire est le seul pub de Dublin à brasser ses bières sur place. La palette de dégustation qu’il propose compte sept brassins aux influences belges et allemandes, une rousse aux saveurs complexes et une forte (Bock 6,5 %) de même qu’une stout noire crémeuse, effervescente et chocolatée… Délicieuse ! Les étudiants ont adopté ce pub, logé dans un bâtiment de 1809, au décor chargé comme dans tous les pubs de Dublin, avec ses boiseries sombres, ses bars monumentaux, ses longs zincs affublés d’un impressionnant alignement de tireuses à bière aux étiquettes colorées.

Le fondateur la microbrasserie Porterhouse, Oliver Hughes, est un personnage qui en mène large.
Le fondateur la microbrasserie Porterhouse, Oliver Hughes, est un personnage qui en mène large.
Porter House Brewing Co

Toujours dans le quartier Temple Bar, le Porter House Brewing Co est une autre institution, un pub on ne peut plus typique où l’on peut déguster une grande variété de bières irlandaises brassées par la microbrasserie Porterhouse. Son fondateur, Oliver Hughes, est un personnage qui en mène large avec ses 5 pubs à Dublin et dans la région voisine de Wicklow, un autre à Londres en plus de la Francis Tavern, la plus ancienne taverne de New York. L’orge s’avère l’ingrédient de base de la dizaine de bières qu’il produit, non pasteurisées et sans additifs. La plus surprenante et la plus populaire est l’Oyster Stout (4,8 %) dans le brassin de laquelle on ajoute des huîtres fraîches et qui en retient un agréable arrière-goût. J’ai préféré la Wrasslers XXXX Stout (5 %) au superbe caractère aigre-doux, longue en bouche, à la texture crémeuse.

La brasserie fondée par Arthur Guinness en 1759 est devenue la plus importante d’Irlande en 1833. La harpe, symbole de l’Irlande et image de marque de Guinness, est apparue sur l’étiquette en 1862
La brasserie fondée par Arthur Guinness en 1759 est devenue la plus importante d’Irlande en 1833. La harpe, symbole de l’Irlande et image de marque de Guinness, est apparue sur l’étiquette en 1862
Guinness Storehouse

Étonnant de constater que l’Irlande compte si peu de microbrasseries. Moi qui croyais débarquer dans la Mecque de la bière et découvrir une production artisanale aussi florissante qu’au Québec… J’ai dû me raviser. Cette situation est peut-être la conséquence de l’importance démesurée, depuis le 18e siècle, du plus grand maître brasseur d’Irlande : Guinness.

On imagine difficilement toute la place qu’a prise la brasserie Guinness dans l’histoire de Dublin. L’ancienne usine, Guinness Storehouse, ouverte au public en 2000, occupe tout un quartier de la ville et est aujourd’hui devenue l’attraction touristique numéro un de la capitale bien que la production ait été déplacée. Guinness a fait vivre Dublin durant deux siècles en démontrant une forme de paternalisme dont plusieurs lui sont encore reconnaissants. Sans Guinness, pas de parcs, pas d’hôpital, pas de Trinity College, pas de restauration des monuments historiques et j’en passe.
Il se boit 10 millions de verres de Guinness quotidiennement dans 150 pays du monde. Ce n’est certes pas le Québec qui détient le record Guinness de consommation.

Guinness Storehouse est devenue l’attraction touristique numéro un de la capitale.
Guinness Storehouse est devenue l’attraction touristique numéro un de la capitale.
L’attrait touristique No 1

La visite du Guinness Storehouse est un incontournable qui permet d’en apprendre sur le procédé de fabrication à travers le temps, sur les ingrédients utilisés, les procédés d’entreposage et de distribution ainsi que sur une dimension incontestable du succès commercial de la marque : son marketing. Les visiteurs ont droit à une dégustation de quelques mets préparés avec la stout ainsi qu’à une visite au Gravity Bar qui jouit d’une vue de 360°, sur Dublin. Le moment fort de la visite survient à l’heure de la dégustation alors que les visiteurs sont invités à tirer eux-mêmes une pinte de stout à la façon unique de Guinness.

La Guinness décante après avoir été tirée de la pompe.
La Guinness décante après avoir été tirée de la pompe.
Effectivement, on est aux petits soins avec la belle noire au moment de la servir. Sous la pompe, le verre est d’abord empli au quatre cinquièmes et déposé sur le comptoir. Le nectar est alors d’une couleur brunâtre à cause de l’azote qu’il contient et qui se dissipe en quelques minutes, rendant au liquide son aspect d’ébène. Puis, il faut remplir le verre tout en laissant un collet épais qui s’élève au ras-bord sans déborder pour obtenir la pinte parfaite. Il ne reste plus qu’à savourer. Il va de soi que, en finale, le passage à la boutique de souvenirs est un moment d’euphorie dont personne ne sort indemne.

Quelques repères

- Fondée en 1759, Guiness est devenue une entreprise de taille mondiale avec l'acquisition en 1986 de Distillers Company, un groupe écossais possédant notamment les marques de whiskies Johnnie Walker, Ballantine's et Chivas Regal.

- Sur le marché des bières en Afrique, la marque Guinness est dominante avec 50 % de parts de marché depuis 2000.

- La marque utilise une harpe celtique comme élément de son identité visuelle. Ce modèle de harpe est un des symboles traditionnels de l'Irlande depuis le règne de Henry VIII au XVIe siècle. Guinness utilisa la harpe comme symbole en 1862 puis comme logotype déposé en 1876.



Mercredi 23 Juillet 2014 - 08:50






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